La compétence vie par les médiocres

Les médiocres pensent que la compétence émane de la formation. Que seule la formation est la voie de la légitimité. C’est le propre de ceux qui ne font rien dans la vie et ne comprennent pas la mécanique de l’excellence et de la maîtrise.

Cette croyance montre non seulement leur incompréhension, mais trahit leur lâcheté face à l’action, car n’oublions pas que faire, c’est prendre un risque.
Ce que ces gens font, c’est se cacher derrière la formation pour avoir un titre ou un statut sans assumer la responsabilité. La formation sans l’action donne accès à une étiquette, un trophée sur papier, mais reste néant dans la vie.

Nous avons tous l’exemple de l’éternel salarié dans son entreprise qui n’agit pas, ou ne prend pas l’initiative sous prétexte qu’il n’est pas formé pour accomplir la tâche en question.

Cette posture relève finalement de l’infantilisation : chercher la formation, c’est chercher la validation, et chercher la validation, c’est demander la permission. Demander la permission comme un élève à son professeur, comme un enfant à ses parents, comme un esclave à son maître.

Ceux qui sortent de la masse, ou du moins qui se battent pour en sortir, ont compris que le seul moyen de maîtriser son art, c’est par l’action répétée et par l’itération. C’est l’action qui crée l’information, et non pas l’information qui crée l’action.

En théorie, c’est facile à comprendre, mais plus difficile à accepter, car la conséquence de cette vérité, c’est l’exposition. Cela implique d’agir dans un premier temps sans savoir, et d’accepter de passer pour un débutant le temps d’apprendre, et d’apprendre encore jusqu’à devenir un expert.

Qui est prêt à assumer cette responsabilité ? Qui est prêt à prendre des décisions publiquement, sans légitimité reconnue, et finalement à faire tout son possible pour garantir une issue favorable ? Il faut quelque chose de héroïque pour avancer dans ces premières étapes, avec un bruit de fond, en s’engageant à livrer le résultat attendu.

Dans le monde professionnel, cela revient à apprendre sur le terrain sans avoir suivi de formation, ou alors juste le pré-requis nécessaire donnant accès à la pratique. Je pense notamment à ceux qui m’opposeront la médecine comme contre-argument. Je leur répondrai que la formation dans le cursus de médecine est une sélection qui permet de trier qui est apte à passer à l’étape de la pratique pour apprendre vraiment.

Si vous n’en êtes pas convaincu, je vous invite simplement à penser à votre réaction le jour où, aux urgences, la personne qui vous prend en charge est un interne.

Un débutant avec une formation pourra toujours brandir le titre accordé par sa formation pour justifier sa légitimité ; s’il est honnête avec lui-même, il saura que ça ne vaut rien.

Après avoir rejoint le monde professionnel, à l’issue de mon diplôme d’ingénieur, je ne comprenais rien et ne pouvais me reposer sur aucune équation apprise à l’école pour résoudre le moindre problème. Être confronté à un chantier et à des anciens m’a donné les clés pour construire une compétence. Appliquer, avec plus ou moins de succès, des principes que j’ai trouvés dans des manuels à la volée pendant un projet, en dehors des « heures de travail », demander la marche à suivre à des sachants avant de la reproduire, prendre des décisions catastrophiques et assumer de les corriger sont mon véritable diplôme.

Celui qui veut devenir bon ne doit jamais se tromper sur la valeur de sa formation académique. Plus le diplôme est difficile, plus il donne accès à un terrain qui ne pardonne pas. C’est uniquement un droit d’accès. C’est le moyen qu’a trouvé la société pour ne pas laisser n’importe qui jouer à l’apprenti sorcier sur une table d’opération ou dans une armoire électrique.

Après avoir dit tout cela, il est essentiel de préciser que la formation n’est pas le problème. En faire une condition à l’action en est un.

Selon la vision que vous avez, vous êtes soit un esclave, soit un entrepreneur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *